Attachement à la francophonie

Le succès croissant et peu démenti de l’anglais comme langue de la communication scientifique permet d’élargir au monde entier une communauté de chercheurs qui, sans cela, serait cloisonnée à l’intérieur des frontières des nations. Ce phénomène n’est pas nouveau : le latin a eu, en d’autres temps, cette même fonction de faciliter la circulation des contenus savants.

Mais s’en tenir à ce seul constat apparaît trop simpliste. La vérité n’est pas seulement liée à la force des raisonnements scientifiques et à la pertinence de savoirs qui s’imposeraient à la raison de tous par leur seule évidence. Elle est aussi le résultat de rapports de force, d’arguments d’autorité. Dans les sciences humaines, comme dans la littérature, la vérité est aussi affaire de cette aisance, que nous confère la part de connu et de reconnu, d’être en position de force car, là comme ailleurs, on prête plus facilement aux riches qui, eux-mêmes, le savent bien.

En ce qui concerne l’administration de la preuve scientifique, la vérité dépend autant de la validité des arguments que de la cohésion du discours, un discours répété dans lequel chaque élément renforce la position respective de chacun, si bien que, finalement, l’ensemble devient plus solide, plus équilibré. Dans ce jeu, qui est à la fois celui de la raison et celui du pouvoir, par lequel s’imposent les idées, les catégories, les concepts, les façons de voir et d’analyser le monde, on connaît le poids des grandes institutions et des universités anglo-saxonnes, mais aussi celui des revues incontournables qu’elles éditent, et des index bibliographiques qui affirment, non sans redondance, leurs positions stratégiques dominantes.

Quant au charisme, il est facilité par l’usage, en science internationale, d’une langue maternelle ; on ne maîtrise jamais parfaitement les subtilités, les nuances sémantiques d’un langage appris ultérieurement. Le vocabulaire en est trop souvent réduit à un ensemble de mots et de tournures idiomatiques. Ce dernier apparaît suffisant pour voyager, mais il se révèle toujours trop pauvre pour communiquer sur des recherches complexes, difficiles à expliquer et à argumenter. Ce faisant, la domination d’une seule langue appauvrit la science, qui a besoin de la diversité des langages pour varier les éclairages sur le monde, l’étudier dans sa complexité et communiquer pour en rendre compte. Valoriser la francophonie, ce n’est pas l’opposer à la domination anglophone, ni renoncer à faire entendre sa voix en son sein. C’est simplement faire exister d’autres réseaux et lieux d’autorité, d’autres façons de voir, penser et dire la science.

C’est dans cette perspective de défense de la diversité culturelle, récemment illustrée dans les récents ouvrages de Dominique Wolton, Paul Rasse ou les numéros 40 (2004) et  51 (2008) de la revue Hermès, que se situe le colloque annuel franco-roumain en sciences de la communication.