Présentation des axes

1. Médias et journalisme

Animateurs : Mihai Coman, Daniela Frumusani, Isabelle Garcin-Marrou

« Datajournalisme », « webjournalisme », « crowdsourcing », tweets et réseaux sociaux, pureplayers et « espaces contributeurs » : le journalisme numérique (digital journalism) entraîne des changements majeurs dans la gestion du temps et de l’espace (de production et de consommation) médiatique et de la relation (interactive ou faussement interactive) avec le lectorat. Les temporalités de la fabrication de l’information sont dé-périodisées, le travail des médias s’affronte à des dispositifs éditoriaux, techniques et symboliques variés et renouvelés, tandis que se dessinent des tendances à la féminisation, au rajeunissement et à la précarisation professionnelle. Si ces évolutions interrogent le travail des journalistes – une interrogation pouvant être croisée avec la problématique du Genre –, les productions symboliques et une économie différente de l’activité médiatique mettent également en question les dispositifs et compétences nécessaires à la recherche sur le domaine. Pour analyser les dispositifs, discours et images produits par les médias, il est nécessaire de mobiliser de grands corpus informationnels, des systèmes d’agrégation et les revenus générés par leur circulation. De ce fait, la recherche mobilise des disciplines, théories et outils complexes dont l’intersection invite à une approche située au coeur des humanités numériques. Les questions qui se (re)posent peuvent être déclinées ainsi :

•-  comment penser le statut et la légitimité de l’information médiatique dans les formes dispositives numériques ?

•- comment penser la construction de l’événement dans le continuum data-discours ?

•- quels modèles cette économie de l’information peut-elle engendrer ?

•- comment analyser (les effets de) la féminisation du journalisme dans la construction des structures organisationnelles et des discours médiatiques ?

•- comment la recherche peut-elle saisir ces configurations médiatiques ? Et comment repenser l’enseignement du journalisme à l’ère des humanités numériques ?

2. Organisations

Animateurs : Andrea Catellani, Viorica Paus, Adela Rogojinaru

Depuis un siècle environ, des spécialistes ont développé le concept de la gestion des organisations, avec cet effet en termes de définition : « Vivre les organisations » signifie être pris dans des réseaux de communication – de type formel ou informel – pour recevoir des informations, les analyser, prendre des décisions et/ou responsabilités, participer à des dynamiques culturelles et relationnelles.

Parallèlement, la communication joue un rôle essentiel dans le management. Elle favorise un climat de travail efficient et productif et contribue à développer l’identité et la réputation de l’organisation, en encourageant les relations entre parties prenantes. Sur un plan scientifique, cela fait une trentaine d’années que la communication organisationnelle se situe à l’intersection des paradigmes des recherches en sciences de l’information et de la communication, en sociologie et en sciences de gestion. Toutefois, la recherche est susceptible aujourd’hui de connaître des transformations majeures. En effet, les organisations sont confrontées à des reconfigurations où se croisent dynamiques sociotechniques, économiques, financières, sociales, culturelles, environnementales…

Or, cette complexité ne peut être étudiée qu’au prisme de l’interdisciplinarité dont il s’agira, ici, de montrer les modalités :

– comment les problématiques relatives aux nouveaux médias et réseaux sociaux influent-elles sur le rôle des acteurs au sein des organisations ?

– comment s’articulent les méthodologies pour analyser les relations de travail dans les entreprises et les organisations, en combinant différents savoirs et disciplines ?

– quel est l’impact du processus décisionnel engendrant la négociation et la résolution des conflits et crises à l’intérieur de l’entreprise ?

– quel profit le chercheur peut-il tirer de l’analyse des rhétoriques et langages pour comprendre les nouvelles formes de valorisation et de « justification » de l’activité industrielle et économique ?

– quel est l’apport de la vision interdisciplinaire sur l’étude la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et la communication qui se développe autour des thématiques de la moralité des entreprises ?

– comment comprendre le processus de professionnalisation dans des organisations de culture différente ?

3. Communication publique et politique, territoires

Animateurs : Camelia Beciu, Nicoleta Corbu, François Lambotte

Les pratiques de communication politique et publique montrent des signes de mutations fortes dans les contextes de la globalisation des marchés, des réseaux numériques et des processus relevant d’une démocratie supposément « décentralisée » et « polycentrique ». Ces mutations interrogent également les pratiques de représentation et de participation politique dans un environnement hypermédiatisé, hyper-connecté et de mise en visibilité permanente. La production de la citoyenneté, en tant qu’enjeu constitutif du politique, s’avère donc un terrain de recherche en expansion où se croisent dynamiques techno-politiques, territoires et axes décisionnels, imbrications des modes de légitimation (politique, expert, citoyen, etc.). Toutefois, les recherches mettent en avant une « crise » de la communication politique, du journalisme politique, des standards professionnels… De ce fait, comment concilier des tendances telles la fragmentation des (espaces) publics et des agendas avec la représentation et la médiation du politique ? Partant de là, plusieurs questions se posent :

•- comment penser des approches théoriques et des méthodologies complémentaires, identifier de nouveaux champs de recherche empirique (ouvrant vers le paradigme de la convergence) ?

•- quelles analyses mobiliser pour traiter des discours relevant de la multiplication des échelles politiques et des microsphères politiques ?

– comment étudier la production des contenus et des agendas politiques/électoraux à travers les processus d’hybridation entre « nouveaux » médias et médias « classiques » ?

– qu’en est-il de la communication des politiques publiques dans des contextes de changement social et politique/de crise économique ?

– concernant la mobilisation des enjeux transnationaux dans les discours politiques, quelles stratégies glocales peut-on dégager ? Quelles redéfinitions de la responsabilité politique/publique peut-on envisager ?

– quels sont les apports d’un questionnement sur les dispositifs (médiatiques, institutionnels) et les logiques émergeantes d’instrumentalisation du politique ?

– quels sont les rapports entre l’environnement digital, les constructions identitaires et les pratiques de mobilisation et d’engagement citoyen ?

4. Patrimoine, création, culture

Animateurs : Béatrice Fleury, Ioan Pânzaru, Jacques Walter

Parmi d’autres, les formules « patrimoine numérique », « patrimoine culturel immatériel », « tourisme de mémoire » attestent d’une rencontre entre divers composants, temporalités et espaces. La réalité à laquelle elles renvoient a pour particularité d’être valorisée via des dispositifs sociotechniques. Cependant, même si l’on a surtout tendance à s’intéresser à la consultation de documents numérisés, qui se fait à distance des lieux de production et/ou de conservation, on ne saurait négliger l’ancrage territorial de certains dispositifs. Au total, on a bien affaire à une évolution des formes patrimoniales, artistiques et culturelles, ainsi que de celle de leur médiation. Par exemple, pour les musées, ce qui relève de la réalité augmentée, de la visite virtuelle, de l’écriture collaborative, des forums participatifs et/ou de l’accompagnement multimédia est partie prenante de l’échange qui s’instaure entre institutions, producteurs et publics. Au vu d’un tel constat, plusieurs questions se posent :

– comment la numérisation de collections, d’archives, de documents de natures différentes cadre-t-elle l’expérience sensible des publics ?

– sachant que des compétences spécifiques sont requises pour assembler et gérer ces données, comment collaborent des experts de secteurs différents ?

– comment émergent des groupes professionnels en lien avec l’invention d’usages ?

– comment des collectifs de chercheurs de plusieurs disciplines se mettent-ils en place pour penser des objets hybrides ? Est-ce que le recours à des approches telles les cultural studies ou memories studies, etc. sont-elles le signe d’une post-disciplinarité ?

– comment les formations en information-communication doivent-elles tenir compte des mutations en cours dans ce domaine ?

5. Dispositifs et design numériques, pratiques et usages

Animateurs : Pierre Morelli, Nicolae Perpelea, Poliana Stefanescu

Questionnant l’activisme des médias sociaux et l’interopérabilité des dispositifs, les « humanités numériques » ouvrent de nombreux débats structurels et interrogent la socialité contemporaine. Les dispositifs numériques d’information et de communication auxquels on a affaire suivent trois logiques (dématérialisation, convergence numérique et mobilité) qui méritent d’être interrogées tant en amont, dans la phase de la conception des dispositifs, qu’en aval, via les pratiques et usages. Il s’agira notamment de modéliser l’activité de l’utilisateur et de penser le projet d’organisation en termes infocommunicationnels. À travers ses multiples déclinaisons (cyberdesign : sémantique du virtuel ; webdesign : sémantique des interfaces web, responsive design : adaptabilité à la pluralité d’interfaces ; cross-design : sémantique inter interfaces…), on cherchera à comprendre comment le design numérique participe à l’optimisation du potentiel des objets virtuels en relation avec le comportement prévisible ou attendu de l’usager. Il est aussi intéressant de savoir comment dispositifs et design numériques s’articulent et quelles sont les pratiques et usages qu’ils induisent. Savoir comment le design numérique interroge la notion de perception peut également s’avérer une préoccupation théorique pertinente. De même pour la façon dont, dans l’écosystème de l’information, s’opèrent la convergence numérique et, plus précisément, les liens entre dimensions cross-media et transmédia et les mutations technologiques, économiques et sociologiques. Outre les conséquences quantitatives (rapidité, syndication de contenus…) et qualitatives (profondeur de l’information, mise à jour, différenciation des niveaux d’écritures…), seront examinées les conséquences stratégiques (communication à 360°…) et, à l’ère de la connectivité permanente, les modalités selon lesquelles le cloud computing favorise les collaborations à distance. Plusieurs pistes sont donc susceptibles d’être explorées :

•- quels effets les dispositifs sociotechniques numériques et les approches interdisciplinaires produisent-ils sur les sciences sociales ? De quels éclairages nouveaux peut-on bénéficier ? Les modifications réforment-elles l’appareillage théorique et méthodologique ou opèrent-elles par rupture ? L’importation de modèles issus des jeux vidéo et le rapprochement entre sciences humaines et sociales (SHS) et sciences de l’ingénieur provoquent-ils un questionnement en termes d’innovation socioculturelle et sociale ? •

–  les performances technologiques et les modifications structurelles qu’elles produisent conduisent-elles à une hybridation entre médiation et médiatisation ? Au-delà de la convergence numérique, serions-nous en présence d’une convergence médiatique ?

•- en termes d’usages et d’horizon d’attente, qu’apporte l’invention de genres et discours spécifiques (webdocumentaire…) ? Comment analyser les pratiques lectorielles construites par les livres numériques ?

•- quelles places accorde-t-on aux affects, à la coprésence et aux actions dans les communautés numériques ? Les plateformes numériques sont-elles le lieu et l’enjeu de la construction d’un « existentialisme numérique » ?

6. Ingénierie des connaissances

Animateurs : Éric Boutin, Brigitte Simonnot, Mihai Dinu

Dans un contexte de surabondance informationnelle et de gestion d’informations hétérogènes, l’ingénierie des connaissances a pour objet l’analyse et le traitement de données en vue d’en extraire, selon le cas, une information fiabilisée, visuelle, synthétique, à forte valeur ajoutée. Automatiser l’exploitation et le traitement des contenus publiés en ligne, tel est l’objectif fixé au « web de données ». Diverses formes de documentarisation des contenus font intervenir des experts ou s’appuient sur les pratiques d’amateurs. L’exploitation à grande échelle des traces laissées par les usagers conduit, par exemple, à élaborer des systèmes de recommandation ou encore des dispositifs de visualisation, susceptibles d’apporter des connaissances originales sur les phénomènes étudiés.

De facto, l’ingénierie des connaissances se situe au carrefour des problématiques de plusieurs communautés de chercheurs, elle mobilise des travaux dans le domaine de la fouille de données, de l’analyse de données, de la recherche d’information, de la découverte de connaissance ou de la statistique textuelle. Ces évolutions sont porteuses de nombreuses questions pour les sciences de l’information et de la communication, en particulier (et de manière non exclusive) :

•- entre métadonnées qualifiées et métadonnées issues des pratiques ordinaires, quels traitements croisés pour quels objectifs ?

– quelle prise en compte des préoccupations sociales et selon quelles modalités ?

– quelles sont les questions culturelles, politiques et éthiques soulevées par le traitement de masses de données hétérogènes ?

– quelles collaborations pour la conception et l’analyse des dispositifs d’ingénierie des connaissances ? Interdisciplinarité ou pluridisciplinarité, comment se constituent des collectifs de chercheurs pour y travailler ?

– en quoi ces travaux de recherche contribuent-ils à faire évoluer l’épistémologie des SIC ?